Paris a décidé d’accompagner le déploiement de la 5G avec un débat citoyen pour la mise en place de garde-fous. De son côté, Lille préfère avoir toutes les cartes en main avant de se lancer et fait ainsi le choix d’un moratoire.
En septembre dernier, Emmanuel Macron a écarté d’un revers de la main l’idée d’un moratoire pour la 5G demandé par une soixantaine d’élus. Le président de la République avait au passage ironisé sur les capacités du modèle amish à répondre aux enjeux de la société actuelle.
Pour autant, la ville de Lille ne l’entend pas de cette oreille et rejoint à son tour la fronde anti-5G. La maire a en effet annoncé en fin de semaine dernière le vote au conseil municipal d’un moratoire. “Il est urgent d’attendre !”, selon Martine Aubry. “La ville de Lille propose de surseoir sur son territoire à toute autorisation d’implantation ou d’allumage d’antennes test liées à la technologie 5G”, peut-on lire dans la motion adoptée par la ville.
“Plusieurs zones d’ombre”
Mais attendre quoi ? Pour Martin Aubry, il s’agit de lever “plusieurs zones d’ombre”, et notamment des doutes concernant les risques pour la santé. La maire ne compte pas donner le feu vert pour la 5G avant la publication du rapport de l’Anses prévue au cours du premier trimestre 2021. “Ce moratoire prendra effet au moins jusqu’à la publication du rapport attendu de l’Anses en 2021”, a en effet indiqué la ville.
L’autorité administrative avait pourtant indiqué, en juillet dernier, qu’il n’y aurait pas de “réponse totalement tranchée”, “facile à interpréter” par les pouvoirs publics. “On ne pas démontrer qu’il n’y a pas de risques”, avait-elle insisté.
Priorité à l’intérêt général
Martin Aubry se demande également si “la relance économique au service de l’emploi et de la transition écologique” n’est pas “prioritaire” face aux investissements importants liés à la 5G, et alors que le pays transverse une période difficile en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19.
La mairie de Lille se demande par ailleurs s’il est “bien raisonnable de déployer une nouvelle technologie”, “alors que la fracture numérique n’est pas résorbée“, alors que ” certaines surconsommations d’énergie liées au développement numérique sont avérées”, alors que “l’utilité réelle et l’innocuité restent à démontrer”. Sans compter la nécessité pour les particuliers et professionnels d’avoir des équipements compatibles, “en dépit de toute considération liée à leur durabilité”, selon l’élue.
“Plus généralement et au regard précisément des questionnements sanitaires, environnementaux et économiques qu’il soulève, le déploiement de la 5G n’a pour nous de sens que s’il sert en priorité l’exercice de missions d’intérêt général (santé, éducation, meilleurs accès à des services publics et privés essentiels…) avant les intérêts privés d’acteurs industriels et tertiaires nationaux ou internationaux”, peut-on lire dans la motion.
Le gouvernement donne des garanties, tout en soulignant le changement de discours
Le gouvernement n’a pas manqué de réagir. “Afin de donner toutes les garanties sur le déploiement de la 5G, nous allons doubler le nombre de contrôles du niveau d’exposition aux ondes. La plupart se feront à la demande des maires et des associations”, a indiqué Cédric O.
Le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques ne se prive toutefois pas d’une petite pique à destination de Martine Aubry. “Il y a quelques mois encore, la 5G était pour l’équipe de Martine Aubry un formidable outil pour l’environnement… Elle avait raison ! Dire que des questions sanitaires se posent, ce n’est pas à la hauteur d’une ancienne ministre“, lâche-t-il.
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